Cantos y Santos – La Semaine Sainte de Séville

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Semaine Sainte de Séville, en Andalousie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A Séville pendant la Semaine Sainte, une immense palpitation saisit la ville entière, la Passion est célébrée avec les plus grands raffinements.  Du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques,  huit jours, pendant lesquels on promène les Christs et les Vierges dans de grandioses processions, une soixantaine de processions, huit à dix processions par jour, des Christs et  des Vierges représentant de façon unique la douleur et la peine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une vraie marée humaine envahit alors Séville, une marée humaine portée par un même élan de joie, d’émotion, d’émerveillement, de respect. La beauté est portée à son plus haut niveau, le sentiment religieux et le plaisir esthétique se mêlent étroitement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque année à dates et à heures prévues, toute une foule s’élance dans les rues et sur les places pour suivre les Christs et les Vierges en processions, pour les acclamer, les admirer, les prier, pour être émue face à leur douleur et à leur grandeur. A Séville pendant la Semaine Sainte, la foi se vit avec le corps, avec le cœur, avec tous les sens, une foi intense, authentique et populaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les confréries

 

Les processions sont organisées par les confréries, les hermandades, regroupements de personnes pieuses mais laïques, placés sous le patronage d’un Christ, d’une Vierge ou d’un Saint.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toute cette magnifique statuaire en bois polychrome de Christs, de Vierges, de Saints, les bijoux, les diadèmes d’or, les manteaux richement brodés des Vierges, les brocarts, les étendards… tout des processions appartient aux confréries.

Les confréries n’ont rien à voir avec l’Eglise, l’Eglise les tolère. Pour pouvoir promener leurs Christs et leurs Vierges en processions pendant la Semaine Sainte, les confréries doivent obtenir l’autorisation de l’Eglise et de l’Archevêché de Séville. En contrepartie l’Eglise leur impose certaines règles :
–  par exemple, chaque confrérie doit être affiliée à une église, hébergée par une église ou un couvent, et Séville en compte environ deux cents,
–  ou encore, chacune en procession doit obligatoirement passer par la Cathédrale de Séville.
Pendant la Semaine Sainte, chaque Christ et chaque Vierge doit obligatoirement faire une station devant le Saint Sacrement de la Cathédrale de Séville, ce qui impose parfois de longs parcours processionnels. Toutes les confréries n’obtiennent pas cette précieuse autorisation, ou encore, une confrérie peut se la voir retirer d’une année sur l’autre. Le sésame n’est pas ad vitam æternam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Cathédrale de Séville, Santa Maria de la Sede, est l’une des trois plus grandes de la chrétienté après Saint-Pierre de Rome
et Saint-Paul de Londres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Théophile Gautier lors de son voyage en Espagne observait que « Notre-Dame de Paris se promènerait la tête haute dans la nef du milieu… »
Il fallut plus d’un siècle pour construire l’édifice et son inauguration eut lieu en 1507. Quatre-vingt-quatorze vitraux de grande beauté, une somptueuse collection de cinq cent cinquante peintures, illuminent l’intérieur de la cathédrale gothique. Démesuré est l’ostensoir contenant le Saint Sacrement devant lequel chaque procession doit faire une station, la « custodia grande » ciselé en argent et en or, mesure plus de trois mètres de hauteur et pèse plus de quatre cents kilos. 

 

 

Les processions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque procession suit son itinéraire personnel, précis, déterminé à l’avance et très minuté. Il est impératif pour les confréries de respecter son horaire. Un débordement pourrait conduire au retrait de leur autorisation de processionner. Le programme complet de la Semaine Sainte excellemment renseigné sur les confréries, les itinéraires avec les cadres et les moments les plus remarquables, les endroits cruciaux pour admirer la plus belle danse, entendre la plus belle symphonie, est un allié incontournable dans un tel labyrinthe. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet itinéraire passe obligatoirement par un  parcours officiel, la « Carrera Oficial », commun à toutes les processions, devant la mairie, l’Ayuntamiento de Séville, représentant le pouvoir laïque, et par la Cathédrale, représentant le pouvoir religieux. Sur ce parcours officiel sont installées plusieurs centaines de chaises que l’on peut louer. C’est une façon de faire une Semaine Sainte plus apaisée, hors de la foule et de la bousculade, le chahut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chahut est un phénomène étroitement lié à la Semaine Sainte. Il se produit autour des processions, essentiellement à la sortie et l’entrée des églises, et dans les rues proches. C’est un conglomérat de gens, chacun voulant être au plus prêt de son Christ ou de sa Vierge, jusqu’à les toucher. Il faut savoir marcher dans le chahut, éviter d’aller à contre-courant, suivre la vague d’un même pas, avoir toujours la bonne attitude, jamais brusque, jamais agressive. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pas facile devant le paso où la marche se fait à reculons, des petits pas, sans jamais perdre son Christ ou sa Vierge des yeux.

 

 

 

 

Le déroulement des processions, un ordre immuable

 

Ce sont de longs préparatifs qui précèdent les processions. La veille, les habilleuses, les coiffeurs, les imagiers, les joaillers, s’activent avec amour autour de leurs Christs et de leurs Vierges, tout est fait pour que son Christ et sa Vierge soient les plus beaux.

La Semaine Sainte commence toujours avec la procession de « la Borriquita », le dimanche des Rameaux. Elle célèbre l’entrée à Jérusalem de Jésus monté sur un ânon.

 

  • Tambours et trompettes sortent en premier de l’église ouvrant le passage à la croix-guide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • La croix-guide ouvre la procession.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Les nazarenos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon l’importance de la confrérie, leur nombre varie de cinq cents à deux mille cinq cents, les nazarenos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils sont revêtus de l’habit de la confrérie et d’une cagoule à pointe qui symbolise la couronne d’épines portée par le Christ, qui rapproche du ciel et qui permet de garder l’anonymat. Il ne faut surtout pas s’effrayer de ce couvre-chef qui en rappelle d’autres, eux, bien moins sympathiques. Cachée dans une poche kangourou, une belle provision de caramelos soutiendra les longues heures de marche, et ravira les enfants qui quémandent les bonbons tout le long de la procession.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les nazarenos portent les insignes de la confrérie, les étendards, les cierges, les ostensoirs. Et le parfum de l’encens se mêle à celui des fleurs d’oranger, des œillets, des roses et des jasmins, embaume Séville toute entière avant de s’évaporer lentement vers le ciel.

 

  • Les pénitents

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les pénitents vont pieds nus, portent une cagoule  sans pointe, et sont chargés d’une lourde croix de bois sur l’épaule. A l’origine, les pénitents se flagellaient jusqu’au sang, mortification peu à peu remplacée par le port de la croix.

 

  • Les pasos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ont-ils étaient appelés pasos parce qu’ils passent ou parce qu’ils portent les scènes de la Passion du Christ ?

Les pasos sont de lourdes structures de bois richement sculptées d’or et d’argent, portant des quantités de fleurs, de cierges, de candélabres, sortes d’autels portant les Christs et les représentations de la Passion, et les Vierges. Chaque confrérie défile avec généralement deux pasos, le premier portant un Christ et les scènes de la Passion, toujours suivi d’un  second portant une Vierge.

 « L’Un s’avance à découvert, méritant la Grâce pour son peuple, l’Autre suit, répandant cette Grâce autour d’elle, protégée par son dais aux fils d’argent et ses cierges enflammés. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La salida, la sortie, impose le silence à la foule qui se presse juste à l’extérieur de l’église, lorsque le paso avec son immense dais négocie un passage pratiquement impossible à travers l’ogive de la porte. Les lambrequins et les colonnettes vibrent. Au millimètre près, et sans un accroc, le lourd vaisseau franchit la porte, et enfin, apparaît en majesté, le Christ ou la Vierge.

 

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La foule est bouleversée. Une salve d’applaudissements honore l’Image rendue pour une journée à son peuple, mais récompense aussi la dextérité et le courage des porteurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la procession, la foule attend surtout les pasos, de longues heures d’attente. Son arrivée est toujours un soulagement, le point d’orgue de la procession. Tous les regards s’orientent alors vers le même beau visage empreint de douleur, mais, messager de toutes les espérances.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De tes yeux d’émeraude
sur ta figure de soleil,
ruissellent comme les rayons
les larmes de la douleur.
                                         
copla

 

 

 

 

 

 

Chaque paso peut peser jusqu’à quatre tonnes. Ils sont portés sur la nuque, par les costaleros, les porteurs, dont on aperçoit seulement les premiers dix pieds à l’avant du paso.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            

  • Les costaleros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Costalero du mot costal, cette coiffe de jute que les porteurs ont sur la tête, et qui a la particularité d’avoir un bourrelet au niveau de la nuque. Les costaleros portent le paso sur la nuque, jusqu’à soixante kilos, et ce bourrelet a pour fonction de protéger les cervicales des porteurs. Ce qui n’empêche pas de voir des nuques douloureusement meurtries.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon l’importance de la structure, trente, et jusqu’à quatre-vingt-deux costaleros, s’honorent de meurtrir leurs épaules sous le poids du paso.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du courage, de l’abnégation, une grande exigence, forcent le respect et  n’effraient en rien les jeunes costaleros. Avec ténacité, jour après jour, ils s’entraînent, ils ont la foi chevillée au corps.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le paso est entouré d’un lourd tissu qui tombe jusqu’au sol et que l’on appelle la « jupe », rendant les costaleros aveuglent sous le paso. Tout le tour du paso une large bande de bois richement sculptée d’or et d’argent, appelée le « respiradero », laisse passer l’air et les ordres du capataz.

 

  • Les Capataz

Les capataz et les costaleros sont des protagonistes de la Semaine Sainte  très respectés, car la réussite et le succès des processions dépendent totalement de leur travail, leur talent et leur entente. Les capataz guident et encouragent la troupe des costaleros sous les pasos ; il leur faut être en osmose parfaite pour conduire les lourds vaisseaux hors des églises, puis pendant des heures, le long des rues parfois très étroites de Séville. En fin de procession, les rentrées dans les églises sont un grand soulagement et un grand bonheur pour tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les capataz  donnent les ordres de levée, la levanta, et de pose du paso, à l’aide du martillo fixé sur le rebord du paso.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La levanta, au bruit sec du martillo, soulever le paso d’un coup, à l’arraché, ou à la force du poignet, douloureuse, mais une magnifique occasion pour les costaleros d’exprimer leur art, et de se faire apprécier par la foule qui encore une fois applaudit pour les encourager.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Tos por igual valientes », « tous dans un même courage »

« Al cielo con ella ! », « au ciel avec elle ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les capataz donnent la cadence, et les costaleros avancent, en rythme parfait avec la musique jouée par les orchestres qui accompagnent chaque Christ et chaque Vierge en procession.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la plus grande joie de la foule, les costaleros balancent avec tendresse les Christs et les Vierges au rythme langoureux de magnifiques symphonies tristes, applaudissements, regards rayonnants. On dit qu’ils font danser les Christs et les Vierges ; on peut parler de la danse cosmique des costaleros,

 

 

La musique et le chant

 

Pendant la Semaine Sainte, des dizaines de bandas de musique et de chanteurs de saetas font de Séville une immense scène d’opéra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Les bandas de musique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les bandas de musique accompagnent chaque Christ et chaque Vierge en procession, et sont composées de musiciens de très haut niveau. Leur répertoire est immense, de grandes symphonies, des marches d’une infinie tristesse, ce sont des musiciens capables de produire des œuvres de très grande qualité. La marche Amarguras, devenue l’hymne de la Semaine Sainte de Séville et de l’Espagne, accompagne l’une des Vierges les plus follement aimées, la Vierge Amargura.   

 

  • Les saetas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saeta signifie « flèche ». La saeta est un bref chant flamenco, une flèche d’amour, un cri de douleur, adressé au Christ ou à la Vierge. Chant profond, puissant et doux, la saeta jaillit à n’importe quel moment de la procession, d’un balcon, de la foule, la procession s’arrête, les costaleros posent le paso, ou simplement s’immobilisent, leur fardo toujours sur la nuque, puis repartent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut être le soir du Samedi Saint, place San Lorenzo, à minuit, quand la Vierge la Soledad de San Lorenzo termine sa procession, et s’apprête à rentrer dans son église. Magnifique Vierge, la plus ancienne des Dolorosas processionnelles de Séville, on ignore quel artiste la façonna au XVIème siècle.

 

  • La Soledad de San Lorenzo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque le paso enluminé arrive sur la place, les éclairages sont éteints, la foule fait silence, le paso symbolise parfaitement la lumière du Christ surgissant dans la nuit pascale.  La vierge se tient au pied de la croix, sur laquelle flottent les pans du suaire qui y est accroché. Elle porte dans ses mains la couronne d’épines du Christ. Sa douleurt s’accorde à son manteau de velours noir et or, tandis que la débauche de lys et de glaïeuls blancs est l’espérance d’un jour nouveau annoncé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lourd vaisseau glisse lentement au-dessus de la foule murmurante, une première saeta s’élève dans la nuit, bientôt suivit d’une deuxième entrecoupée de sanglots, les saetas s’enchaînent, homme ou femme, chacun lance sa flèche d’amour à la Vierge, et les porteurs la bercent tendrement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fermeture des lourdes portes de l’église de San Lorenzo marque la fin de la Semaine Sainte. Au matin, en ce Dimanche de la Résurrection, Jésus ressuscité et la Vierge de l’Aurore mèneront la dernière procession.

Il faudra attendre un an avant de revoir, le visage aimé de son Christ et de sa Vierge en majesté.                                                                                                                                             
 Sur ton bateau lumineux
tu vas
sur la marée haute
de la ville,
parmi les saetas troubles
et des étoiles de cristal.
Vierge en vertugadin,
tu vas
par le fleuve de la rue
jusqu’à la mer.
                      Federico Garcia Lorca   

                                                                                                                                                        
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