Kâshî Ville de Lumière – Vârânasî, Bénarès

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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 Kâshî, Vârânasî, Bénarès

 

  • Kâshî est le nom antique de la ville. Kâshî signifie en sanskrit, « Lumière », Lumière de la Réalisation Spirituelle.
  • Vârânasî signifie « la ville entre deux rivières », la Vârunâ et l’Asî qui bordent la ville et se jettent dans le Gange.
  • Bénarès, les Anglais l’appelaient Bénarès.

Au Nord-Est de l’Inde, Vârânasî s’étire sur la rive du Gange sacré, face au soleil levant, là où le Gange fait une courbe et a la forme d’un croissant de lune, l’un des attributs du Grand Dieu Shiva qu’il porte sur son chignon. Très important dans la philosophie hindoue, le croissant de lune gouverne le mental.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Huit cents ans avant J.C, un royaume très prospère du nom de Kâshî, dont la capitale portait le même nom Kâshî, s’étendait sur tout le Nord de l’Inde. Un lieu sanctifié par des siècles de méditation et d’ascèse sur les rives du Gange sacré, réputé par le nombre de ses brahmanes et de ses lettrés, par ses pèlerinages, par la richesse de ses habitants et de ses demeures, par ses ascètes enduits des cendres du renoncement, un grand centre de savoir sanskrit, toute cette splendeur accumulée par des siècles de dévotion, de sagesse, de méditation, d’étude des textes sacrés, fut balayée par la fureur des hordes musulmanes du XIème au XVIIIème siècle. La ville fut saccagée, les palais et les maisons brûlés, les cérémonies hindoues interdites, et les pierres des temples servirent à la construction des mosquées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au XVIIIème siècle, les Anglais à leur tour colonisèrent l’Inde, et pour gouverner, rétablirent les Mahârâdjahs sur leur trône. C’est ainsi que le Mahârâdjah de Vârânasî retrouva son trône et décida de restaurer la ville. Pour l’aider dans cette tâche démesurée, il fit venir les Mahârâdjas des autres provinces de l’Inde. Architectes, sculpteurs, peintres, les plus réputés, furent sollicités, et, palais, temples et maisons, retrouvèrent leur splendeur. Les Mahârâdjahs donnaient des fêtes grandioses, et de nombreux artistes étaient invités, musiciens, chanteurs, danseurs, poètes, il était de bon ton d’avoir un palais à Vârânasî.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les ghâts

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De larges escaliers de pierre descendent jusque dans le fleuve sacré, le Gange, ce sont les ghâts sur lesquels se concentre toute la vie spirituelle de Vârânasî, mêlée aux tâches plus ordinaires de la vie quotidienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les blanchisseurs, les dhobis, lavent le linge et le sèchent à même le sol.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La salutation au soleil, absorber l’énergie primordiale ou shakti de l’univers, revigorer le corps au commencement d’une séance de méditation
ou de yoga.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ascètes, errants, solitaires, entretiennent le feu sacré et psalmodient les mantras ou les noms du dieu, le « japa », en égrenant leur chapelet
de rudrâksha. Ascètes et dévots shivaïtes ou vishnuïtes se distinguent par le tilak qu’ils portent sur le front et plusieurs parties du corps :

 

  • trois lignes horizontales pour les shivaïtes, le tripundra,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • trois lignes en forme de « U » pour les vishnuïtes, avec au milieu un trait ou un point, le bindu, représentant l’Absolu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque jour les ascètes font leurs ablutions de cendres sacrées, et apposent le tilak sur différents points du corps tout en contemplant la forme divine qui y est associée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les ghâts s’animent dès l’aube. Les pèlerins et les habitants de la ville viennent prendre le bain purificateur, préparer les offrandes et honorer les nombreux dieux présents. La prière de l’aube, sandhyâ, doit être accomplie au moment juste, à la jonction de la nuit et du jour.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La lumière des lampes à huile qu’on allume et qu’on agite, conduit à l’éveil de la connaissance.
                                      

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès le lever du soleil, l’appel des conques sacrées, des gongs, et les tintements des clochettes, éveillent les dieux endormis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Se baigner dans les eaux du Gange et purifier sa pensée par la répétition des noms du Dieu, se qualifier pour les rites matinaux, les offrandes,
la prière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’amour de la Divinité est dû à sa grâce, et sa grâce est due à l’amour de l’adorateur, de même que la graine produit la plante et la plante produit la graine. »
                                                                                                                                      Le Shiva-purâna

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le but est la libération de l’âme et du cycle des renaissances. Libérée des chaînes qui l’assujettissent aux sens, au moment de la mort, l’âme est véhiculée par le feu de la crémation vers le Brahman, ou Absolu, ou Grand Dieu Universel, pour fusionner, c’est le Nîrvâna, Muktih.  C’est par la grâce du Dieu que l’on obtient cette libération, et pour l’obtention de cette grâce, il faut adorer le Dieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A peine si ces moments de prière, de paix et de recueillement sont troublés par les hordes de petits singes espiègles et bagarreurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout en haut des ghâts il y a les temples, et à l’arrière la vieille ville, à laquelle on accède par des passages exigus et obscurs, un enchevêtrement de ruelles étroites et sinueuses, bordées de maisons chancelantes, de palais, temples, petits commerces, gargotes, dans un grand état de délabrement.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La beauté de vârânasî n’est pas perceptible au premier regard, elle se tient cachée et ne se dévoile guère. Mais elle est là, et à qui sait attendre et voir, elle s’impose comme une évidence, beauté intemporelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Construits au XVIIIème siècle par les Mahârâdjahs, les ghâts, au nombre de soixante-quatre environ, sont indissociables de l’image de Vârânasî. Ces larges escaliers qui parfois dévalent très abruptement jusqu’au Gange, s’étalent sur six kilomètres. Ils ont chacun leur histoire, leurs mythes, leurs cultes, leurs temples. Les pèlerins et les dévots connaissent tout cela et choisissent en toute connaissance un ghât plutôt qu’un autre pour leur dévotion.  
                                                     

  •   Dashâswamédha ghât

C’est le ghât le plus populaire et le plus fréquenté. Le mythe raconte qu’à cet endroit le Dieu Brahmâ accomplit le grand Sacrifice du Cheval avec dix chevaux. 

« Dasha » signifie «dix»,

« âshwa » signifie «chevaux»,

« médha » signifie « sacrifice ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sacrifice  du cheval était un rite védique important de purification, d’affirmation du pouvoir et de la puissance. Un cheval, de préférence un jeune mâle de couleur claire était choisi, consacré, puis lâché pendant une année. Partout où ce cheval passait, les territoires étaient annexés au royaume. Cela ne se passait  pas sans résistances ni sans heurts. Bien souvent, le roi et son armée, les princes et leurs palefreniers, toute une caravane suivait le cheval du sacrifice. Au bout d’un an le cheval était solennellement sacrifié et sa chair consommée par les participants au sacrifice.

Le dernier Sacrifice du Cheval en Inde fut accompli par le Râja de Jaipur au milieu du XVIIIème siècle.

 

  • Manikarnikâ ghât, le ghât de la Délivrance, Moksha

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans discontinuer, les bûchers funéraires flambent et embrasent le ciel nocturne.

« Râm Nam Satthya Hay »  « Râm Nam Satthya Hay »  « Râm Nam Satthya Hay »  « Le nom de Râm est vérité »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour invoquer le dieu Râma, septième incarnation ou avatar du Dieu Vishnu, le Dieu Protecteur, ce mantra est psalmodié sans discontinuer par les hommes de la famille du défunt qui portent la civière de bambous, à travers la ville et jusqu’au bûcher funéraire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le commerce du bois est exclusivement réservé à la caste des Doms, et ce sont les hommes de basse caste qui en assurent le transport, de lourdes charges portées sur l’épaule à peine protégée d’un linge. Le bois est très cher et la hauteur des bûchers dépend de la richesse de la famille et du prix âprement discuté.

Avant la crémation, le défunt est mouillé par les eaux du Gange ; après la crémation, les cendres sont dispersées dans les eaux rédemptrices.

« Kâshyâm maranam Mukti », mourir à Kâshî conduit au Nîrvâna. Tous les Hindous souhaitent mourir et être brûlés à Vârânasî, c’est l’assurance de connaître la Délivrance, Moksha, et d’atteindre le Nîrvanâ, Muktih, la fusion de l’âme dans la Grande Âme Universelle ou Absolu.

 

  • La « Âarti » ou grande prière du soir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis la nuit des temps au bord du Gange, la grande prière du soir enchante les dieux et le feu sacrificiel emporte les offrandes.
Sur chacun des ghâts de Vârânasî et de toutes les villes de l’Inde, dans tous les temples, chaque soir depuis la nuit des temps, les prêtres célèbrent la Âarti qui clôt tous les rites de la journée. Les clochettes tintinnabulent avec vigueur, les gongs retentissent, psalmodies des mantras, chants de dévotion ou bhajans, effluves d’encens, les flammes des candélabres tournoient et dessinent la syllabe sacrée « Om » dans l’espace. Chaque soir, les fidèles viennent nombreux honorer les dieux et recueillir le darshan, la protection des dieux pour la nuit.

 

Le Gange, la raison d’être de Vârânasî

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Si le vent qui a caressé les ondes du Gange touche la peau d’un homme, il emporte aussitôt tout le mal que celui-ci a pu commettre. »
Pour les Hindous l’eau du Gange possède un pouvoir purificateur indéniable, une conviction profondément ancrée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le mythe raconte que le démon Bali s’étant emparé des Trois Mondes, la Terre, le Ciel, l’Enfer, il menaçait l’Univers d’un très grand danger. Le Dieu Vishnu s’incarna alors sous la forme d’un nain et lança un défi au démon, mesurer l’Univers à la vigueur de ses pieds. Le démon accepta et le Seigneur-Nain enjamba la Terre, puis le Ciel, et posa son troisième pas sur l’Enfer, sur le démon Bali. Voyant cela, le démon reconnut la grandeur du Seigneur-Nain, lava les pieds du Seigneur-Nain et conserva l’eau dans un pot. C’est ainsi, qu’issu du pied du Dieu Vishnu, naquit le Gange céleste de son nom divin Gangâ. Mais l’impiété de ses habitants menaçait à nouveau la Terre, une grande sècheresse pouvait la détruire et la transformer en cendres. Le Roi Bhagîratha entreprit les plus grandes austérités afin que le Gange céleste descendit sur la Terre et lui redonna vie. La Déesse Gangâ accepta mais l’impétuosité de ses flots pouvait dévaster la Terre.
Le Dieu Shiva accepta d’amortir la chute de Gangâ en l’emprisonnant dans les nattes de sa chevelure divine. La rivière sacrée tournait et tournait sans fin dans le chignon du Dieu Shiva. Le Dieu laissa enfin Gangâ s’échapper et descendre sur le monde des mortels. Pacifiée, la rivière divine bondissait, s’étalait ou glissait avec lenteur. Tous les habitants de la terre voulaient toucher l’onde purifiante tombée de la tête du Dieu, désireux de se plonger dans l’eau qui lave de toutes les souillures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gaumukh, « la bouche de la vache »,
la source du Gange à 4200 mètres d’altitude
dans l’Himalaya, au Nord de l’Inde. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Gange est la mère maternelle et compatissante, il sanctifie les hommes et les éveille spirituellement. Source permanente de rédemption, le Gange apporte la Délivrance. Les dévots et les pèlerins prennent le bain et se lavent de leurs mauvaises actions, le but étant de toujours améliorer son karma afin de stopper le cycle des renaissances.
Cette eau dans laquelle flottent les cendres des bûchers, parfois des cadavres, les guirlandes de fleurs, on la verse avec respect sur le corps, on la boit avec dévotion, et on l’emmène dans les maisons comme un nectar divin.

Vârânasî est la ville la plus sacrée en Inde. Un pèlerinage à Vârânasî équivaut à tous les pèlerinages, car symboliquement, tous les sites de pèlerinage de l’Inde sont présents dans Vârânasî.

Après la grande prière du soir, la Âarti, les dieux s’endorment et les habitants rejoignent leurs demeures souvent très pauvres, les rues deviennent désertes, même les chiens errants se calfeutrent roulés en boule. Les bûchers funéraires crépitent et rougeoient toujours, le Gange clapote doucement.

 

« Si le feu allumé réduit la paille en cendres,
Le feu da la Sagesse réduit en cendres
Toutes les actions de ce monde.

Celui qui, plein de foi, poursuit la Sagesse,
En maîtrisant ses sens, atteint cette Sagesse ;
Possédant la sagesse, il touche la paix suprême.

Son être intérieur libre de tout lien,
Le sage découvre sa joie dans le Soi ;
Plongé dans la contemplation du Soi,
Le sage devient Brahman, l’Absolu, la Joie infinie ! »
                                                          La Bhagavad-Gîtâ

 

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