Qui sont-ils ?

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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   Bâuls et Fakirs du Bengale

 

En 2005, les chants Bâuls ont été proclamés Chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO.

 

Qu’entend-on par vie de Bâul ?
Qu’est- ce que la vie ? Quelle en est la matière ? Et où est-elle née ?
La *Matière qui est la cause de la vie,
C’est Elle que le Bâul recherche ;
« La vie est la mesure de l’Absolu » se disent les Bâuls.
La vie est le lieu saint, la Loi et le chemin :
Telle est la foi que le Bâul veut professer ;
Les meilleurs Bâuls sont des Matérialistes (et on en trouve) !
Ils ne connaissent ni l’inférence, ni l’adoration,
Ils n’ont le souci d’aucune délivrance ;
« La vie est la seule mesure de la vérité »
Proclame l’humble Duddu.
                                                       Duddu Shâh                                           

* La Matière suprême est dans le corps : c’est l’âme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Bâul » est issu du mot sanskrit « vâtula », littéralement, « venteux, emporté par le vent ». Ce vent, c’est le vent organique dont l’excitation est censée, selon la médecine indienne, provoquer des dérèglements d’esprit, de pensée et d’action, produire la folie. La folie qu’évoque le mot « Bâul », n’est pas le résultat d’une confusion mentale, mais c’est celle de leur langage, de leurs chants, caractérisés par la véhémence, le feu, la fougue, et une incohérence seulement apparente.
Les fakirs, mystiques d’origine soûfie, et les Bâuls mystiques d’origine hindoue, ont adopté la même philosophie du cœur, la même quête de l’Inné, le Divin présent dans le cœur des êtres. Fakirs et Bâuls se définissent comme « fous », fous de l’Absolu, fous d’Amour, fous d’extase, chercheurs de Vérité, colporteurs de joie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vois le faux fou dans le pays tout entier,
Mais le vrai Fou, je ne Le trouve pas.
Dites, le vrai Fou dans ce monde, où est-Il ?
Non, je n’ai pas rencontré d’autre fou semblable à Celui du cœur. 
                                                                                     Anonyme

 

 

Paroles de Bâuls                                     

 

  

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 « Je m’appelle Nityagopal Das Baûl. Mon père s’appelle Vishwanath Das Bâul. Nous sommes Bâuls de père en fils. Cette tradition perdure depuis cinq générations. J’ai appris le chant auprès de mon père. J’ai d’abord appris à jouer du khartaal, ensuite du khamak, puis du dotârâ. »

                                                                                                                                                        

                     

         Ô mon esprit ! Le voleur est entré dans la maison.
                              Le vigile s’est endormi,
                    Comment rattraperas-tu le voleur ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le khamak porte aussi le très joli nom de ânanda-lahari, les « ondes de la joie. A l’aide d’un plectre, le Bâul fait jaillir les notes en bouquet, du tambour ouvert qu’il tient sous son aisselle, des notes « colporteuses de Joie divine ».

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’éktârâ est l’instrument qui accompagne toujours le Bâul. Il est composé d’une calebasse surmontée de deux moitiés d’une tige de bambou, représentant les voies Idâ et Pingalâ, et au milieu une corde, représentant le canal Sushumnâ. Idâ, Pingalâ et Sushumnâ, sont les trois canaux principaux ou « rivières », qui véhiculent le souffle du corps subtil. L’éktârâ symbolise parfaitement l’ascèse des Bâuls.

 

A la base de ce réceptacle siège la puissance du serpent,
Celle que tu éveilleras par la force de ton amour.
L’éveil de cette puissance te donnera la joie totale ;
Va contempler ton moi dans cette extase constante.

A gauche c’est la voie Idâ, à droite, la Pingalâ,
Qui festoient avec les principes d’inertie et de dynamisme ;
Au milieu règne le Sushumnâ que tu dois saisir avec soin.
C’est alors, dans la connaissance du principe du Moi,
Que surgira dans ton cœur
Celui que tu cherches, sans cesse, à l’extérieur.
                                                                                   Anonyme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leur Yoga : la musique, le chant, la danse. La musique est leur méditation, le chant leur prière, et quand le Bâul danse les nuits de pleine lune, son corps flotte dans la lumière lunaire de Krishna.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Nous sommes Bâuls, nous sommes Vaïshnavas, des fidèles du Seigneur Krishna, le Suprême, le Dieu unique. Sa religion, c’est la Religion éternelle (Sanatana Dharma), dont sont issues toutes les autres religions : l’islam, la chrétienté, le jaïnisme, le bouddhisme etc…Toute création émane du Dieu Krishna. Le dieu préféré que l’on prie, ishta-devata, lui aussi est créé par le Seigneur Krishna.
Il y a différentes religions, mais toutes émanent de la Religion éternelle. Les dieux sont divers,  mais c’est toujours le Suprême, le Dieu Krishna que l’on prie sous divers aspects, diverses formes. Le Seigneur Krishna est le Tout et Sa demeure est le cœur de chacun et de tous.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oublieux du poids du monde, ils virevoltent, ravis par leur propre mouvement.  Leur tournoiement fait écho à ceux des derviches, il évoque la danse des étoiles. S’ils dansent, ce n’est pas pour se donner en spectacle, mais pour se donner à la Joie. Leur musique et leur chant  obéissent à la seule loi de l’embrasement. En chantant, ils s’enchantent eux-mêmes, et ils enchantent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « J’ai appris la musique dès mon très jeune âge. J’ai accompagné mon père un peu partout, là où se trouvaient des sâdhus. Nous les avons côtoyés, écoutés, nous avons entendu leurs chants.
Le chant, c’est notre addiction, notre métier, le chant c’est  le Tout, notre vie, ma vie. On n’a pas d’autre métier. Toujours chanter, c’est notre travail. Quand nous chantons, nous pensons à Lui, Krishna. Beaucoup de gens écoutent notre chant, chacun selon son humeur, mais lorsque je chante, le ciel, le vent, tous écoutent, Krishna écoute, c’est mon Dieu, la source de tout, présent dans le cœur des hommes, c’est pour Lui que je chante.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le Bâul dit toujours : venez tous, aimez-vous les uns les autres, initiez-vous au savoir et apprenez à vous connaître les uns et les autres. Le Seigneur habite le cœur de l’homme, Krishna habite le cœur de l’homme. Les Bâuls disent « l’Homme-de-l’esprit », ou « l’Homme-de-mon-cœur », « moner- Manush ».
Le Seigneur, c’est Lui, « l’Homme-de-mon-cœur ». Il est dans le ciel, dans le vent, Il est partout, mais sans la connaissance, on ne peut Le voir. Il est sans forme. Nos grands Saints Hommes l’ont dit, le Seigneur est en l’homme, Il est en toi, en lui, en moi. Il est la vie, et s’il n’y avait pas l’Homme-de-mon-cœur », je ne serais pas vivant. C’est Lui que je cherche, que je veux voir. Où est-Il ? Quand Le verrai-je ?  Voilà qu’elle est la quête permanente des Bâuls. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Celui qui est l’Homme-de-mon-cœur,
Où vais-je Le trouver ?
Ayant perdu cet Homme,
A sa rencontre
De pays en pays,
Je vogue sans cesse. 
                                        Gagan                              

           
 

  •  La quête des Bâuls, « Sahaj », l’Inné 

Les Bâuls sont dans la recherche permanente de l’Homme dans l’homme, moner-Manush, l’Homme-du-cœur, l’Inné, la nature divine que chaque être porte subtilement en lui et qu’il doit redécouvrir.
Les Bâuls croient par-dessus tout en l’homme dans lequel réside déjà le « Joyau », l’Essence divine. Dans la quête bâule, le temple est le corps, le cœur est l’autel où réside le Suprême. Et les lieux de culte constituent selon les Bâuls un obstacle sur le chemin du Suprême.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ni fleurs, ni bois de santal, ni guirlandes, ni formules, ni rituels, ni temples, seulement le chant. Bhabha Pagla, notre Maître a dit : la connaissance se niche dans le chant. Il est facile de chanter un chant Bâul, mais il faut en connaître le sens. Le chant, c’est la connaissance »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jay Guru ! Jay Guru ! Je salue le Guru qui est en toi ! Je salue le Divin qui est en toi.

« Le travail d’un Bâul, c’est d’aimer les êtres humains en lesquels réside le Divin, le Guru Suprême. Ce travail s’appelle « mâdhu-kuri », la collecte du miel, le miel de l’amour et de la dévotion. Notre vie se poursuit autour de la collecte de ce miel, c’est aussi notre gagne-pain. Recueillir le miel, servir le Guru, aimer les gens, voilà notre vie. »

 

  • Mâdhu-kuri, la collecte du miel de l’amour et de la dévotion

A la façon des abeilles qui butinent le suc de chaque fleur, ces quêteurs puisent dans chaque cœur le doux nectar de la dévotion.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le mot désigne les tournées que font les Bâuls, afin de recevoir les aumônes en échange de leurs chants. Au sens littéral, « mâdhu-kuri » veut dire « récolte de miel », et il possède une importance rituelle et sacrée. Lorsque le chant d’un Bâul s’introduit dans les oreilles, des fleurs s’épanouissent sur un arbre intérieur, le « kalpabriksha », et le miel monte le long des tiges jusqu’aux pistils des fleurs. C’est en échange de ce don intangible que les villageois offrent aux Bâuls leurs aumônes de riz et de lentilles, de fruits frais, de légumes, et d’huile. »  
                                                                                                                          Les vagabonds enchantés  de Mimlu Sen

 

Le long des rives, tant de bosquets
Où bourgeonnent maintes fleurs :
Leur parfum embaume le monde
Mais laisse mes narines indifférentes.
                                                    Châkuré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Du delta du Gange aux cimes de l’Himalaya, s’allonge au Nord-Est de l’Inde un grand territoire, agricole, grenier à riz de l’Inde, industriel, avec pour capitale une ville bouillonnante, agitatrice d’idées, Calcutta : le Bengale, une terre de spiritualité, la Terre des Bâuls.  Cette terre, depuis toujours, ils la sillonnent en tout sens, clamant leurs joies et leurs peines, leur quête insatiable de Dieu et leur liberté inconditionnelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« La vie d’un Bâul est une vie de liberté, il n’est assujetti à aucune religion, aucun dogme particuliers, il ignore les castes. Aujourd’hui ici, demain ailleurs, le Bâul est libre.»

 

L’eau d’un creux s’appelle eau-de-puits,
Elle devient l’eau-de-Gange, dans le Gange ;
Car l’eau, dans son essence, n’est rien d’autre que l’eau ;
La différence provient du contenant.
                                                                      Lâlan Fakir

 

Accompagnés de l’éktârâ brandi au-dessus de la tête, le duggi en bandoulière, les Bâuls quittent très tôt le matin leur maison. Ils vont dans les trains, de village en village, de porte en porte, de festival en festival, de cœur en cœur, ils vont butinant le miel de l’amour et de la dévotion, «mâdhu-kuri». Ils vont mendier leur subsistance en chantant la Joie et l’Amour, et chacun en reçoit de grands bénéfices spirituels. Ils sont des sâdhus, des hommes saints, et auprès d’eux, il suffit d’être là, de les écouter, pour capter l’Énergie cosmique qui rayonne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On ne porte pas le nom de Bâul sans être un peu « fou », être Bâul dépasse la compréhension ordinaire. L’ivresse mystique fait tantôt rire, tantôt pleurer, et le Bâul oscille sans cesse entre félicité et désarroi, combinant une multitude d’émotions et de saveurs. Parfois doux, parfois violent, il cherche querelle à Dieu, tourne  en dérision sa propre destinée, jongle sans cesse avec les énigmes de la vie, de la mort, de l’amour ; il se conduit de façon déconcertante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En cet homme s’amuse l’Homme, ô mon esprit étourneau !
Si tu le peux, va Le saisir tant qu’il en est encore temps.
Il y a l’Homme chez toi, l’Homme en dehors, l’Homme partout dans l’univers,
Pourtant je ne trouve pas l’Homme-du-cœur,
Malheur à moi !
Il nous écoute tous, mais fait le sourd
Dès que les autres se tournent vers lui !

L’Homme inné et éternel
Envahit le ciel, la terre et l’enfer.
L’Homme s’est mêlé à tous les hommes
De même que le lait dans l’eau.
Kabîr se dit : à force d’adorer les hommes
               Que je puisse enfin trouver les poussières de Ses pieds !

                                                                                             Kabîr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Depuis ma toute petite enfance, je chante. Shongit Sadhana, le chemin spirituel est mon chemin. La musique est l’ultime chemin spirituel, c’est par cette voie que je m’en irai. Nul besoin de fleurs, ni bois de santal, ni formules sacrées, uniquement le chant. A travers le chant, on peut voir le Seigneur. »

Le chant des Bâuls jaillit toujours renouvelé, aussi neuf que le soleil à l’aurore. Ils ne cherchent pas à perfectionner leur art pour plaire aux autres. Seules comptent l’émotion du moment et l’inspiration de leur cœur. Ils s’abandonnent à la vie immédiate, faisant de leur existence une succession de moments lumineux. Ils sont dans le vent de la vie, ils sont le vent, ils sont la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chaque Bâul est unique. Jamais deux Bâuls ne chantent, ne jouent, ou ne dansent de la même manière. Un même chant a des versions multiples, à peine reconnaissables selon les interprètes.

 « Ce n’est pas parce que le Bâul a endossé une robe rouge, ou la robe patchwork qu’il est Bâul. Il faut exercer l’activité du Bâul : avoir un cœur tendre, aimer tous les êtres humains, ne pas rejeter les gens.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils sont grandioses dans la robe patchwork des chanteurs errants et mystiques, elle révèle toute leur beauté et leur noblesse naturelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vie de Bâuls est très difficile, aujourd’hui peut-être plus qu’hier, car ils sont confrontés à une pression toujours plus forte de la société actuelle avec ses illusions de bonheur. Cependant, dans leur esprit ils restent farouchement attachés à leur liberté si précieuse, sans laquelle leur « folie » ne pourrait s’épanouir, ce qui serait une perte incommensurable pour le monde. 
Faisons leur confiance pour savoir préserver leur spontanéité, leur grandeur d’âme, leur beauté intemporelle, celle que l’on ne peut percevoir qu’avec le cœur. Mais soyons vigilants, très vigilants, l’âme bâule est un trésor sans prix, d’une immense fragilité, une merveille à découvrir comme un nectar, une lumière à protéger.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jay Guru ! Jay Guru ! Jay Guru !

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